Voyage en Auvergne – LUM’I.R. sur Emilia Loi

Au mois de Mai 2016, Yann Philippe -membre du collectif LUM’IR et enseignant à l’Ecole des Gobelins à Paris- a accompagné un voyage scolaire photographique au cours duquel une étudiante italienne, Emilia Loi, a souhaité dédier son projet à la prise de vue en infrarouge. Quelques mois plus tard, elle partage son expérience avec les lecteurs d’Infrarouge.Photo.


Voyage en Auvergne

Ma première expérience en infrarouges

 

« Je m’appelle Emilia Loi, je suis une jeune photographe italienne basée à Paris depuis deux ans. En 2016 j’ai intégré l’école des Gobelins pour continuer mes études en photographie. Pendant la première année d’études, j’ai eu l’occasion de partir en voyage avec une partie de ma promotion en vue d’un projet photographique sur Saint-Germain l’Herm, un petit village auvergnat. Nous étions douze étudiants, chacun avec son idée de représentation du territoire : quelqu’un s’est concentré sur les habitants (commerçants, enfants, menuisiers, musiciens de la fanfare…), d’autres sur des thèmes plus généraux (la vie en dehors de la ville, la nature, le silence, le déracinement…). Moi, j’ai décidé de photographier les paysages d’Auvergne en infrarouge. La photographie en IR m’avais toujours fascinée, soit pour son rendu esthétique soit pour le défi technique qu’elle représente. J’ai décidé que ce voyage était la bonne occasion pour me lancer. Je voulais shooter en numérique, il fallait donc trouver un appareil modifié pour l’infrarouge, c’est-à-dire un boîtier où le filtre interne anti-infrarouge avait été retiré. Finalement, grâce à l’aide précieuse de mon professeur Yann Philippe, enseignant en retouche aux Gobelins et membre du Collectif LUM’I.R., j’ai pu emprunter à Fujifilm leur FUJI XT1-IR, boîtier infrarouge destiné au grand public qui n’est malheureusement pas encore apparu sur le marché. Avec ce fabuleux boîtier et différents filtres j’ai commencé ma découverte de la photo infrarouge. Après avoir surmonté les premières contraintes techniques (la balance des blancs, le hotspot, etc.), j’ai commencé à chercher les paysages qui se prêtaient mieux à l’infrarouge en marchant à travers les forêts auvergnates. Chaque jour je rentrais le soir impatiente de faire mon post-traitement et de mélanger les couches dans Photoshop : j’étais curieuse de voir comment les choses que j’avais photographiées avaient réagies de façons différentes aux rayons IR.  J’ai découvert par exemple que les arbres n’ont pas tous la même réflectance infrarouge.

Au bout d’une semaine nous avons monté une petite exposition collective, pour laquelle j’ai sélectionné deux séries de quatre photos chacune. La première avait été prise avec un filtre Hoya, la deuxième avec un filtre bleu. Les rendus étaient bien différents mais les deux ont attiré l’oeil des spectateurs, les habitants de Saint-Germain l’Herm, qui étaient fascinés par les couleurs, qui ne leur étaient pas familières, des forêts qu’ils ont l’habitude de voir chaque jour. Ils m’ont posé beaucoup de questions, ça n’a pas été facile de leur expliquer que les images possédaient ces couleurs atypiques déjà à la prise de vue (même s’il fallait une opération en post-production pour les faire apparaître) et que ce n’était pas un traitement Photoshop fantaisiste mais les rayons IR qui les avaient produites. Moi aussi je continue, après cette première expérience, à être très fascinée par les couleurs des photos infrarouges et à me surprendre à chaque fois en voyant les résultats qu’on peut obtenir avec cette pratique photographique. La stupeur des spectateurs m’a juste fait penser, encore une fois, à comment est-il possible qu’une photographie si attractive, fascinante, qui laisse beaucoup d’espace à l’imagination, ne soit pas énormément diffusée ni expérimentée. Mais, pour moi, c’est ce qui fait son charme aussi. »