LUM’IR sur SAM FORENCICH

Dans ce nouvel article LUM’IR sur…, nous revenons sur le film “Invisible Oregon” réalisé par Sam Forencich. Montage de séquences en timelapse infrarouge, ce film nous transporte dans un monde irréel ou l’espace et le temps sont modifiés par l’association harmonieuse de deux techniques particulières. Pour infrarouge.photo, son auteur répond à quelques-unes de vos questions juste après la vidéo.

 

YP : Quel matériel as-tu utilisé ? Quelle entreprise a réalisé la conversion de ton appareil ?
SF : J’utilise un Canon 5D Mark II et un Nikon D750. Le Canon a été modifié par Lifepixel et le Nikon par KolariVision.

YP : Comment prépares-tu le trajet que tu as suivi pour shooter toutes les séquences ? As-tu effectué de nombreux repérages et connaissais-tu à l’avance les bons horaires/lieux/lumières ?
SF : J’habite dans l’Oregon et de nombreux endroits me sont très familiers suite à de précédents voyages. J’ai effectué beaucoup de repérages soit en ligne soit en me déplaçant physiquement sur les lieux. Si je trouvais un spot intéressant, j’essayais de le shooter directement en un seul déplacement. Parfois les conditions exigeaient une seconde venue. Comme dans tout, tu apprends de tes erreurs et ces premières excursions m’ont aidé à améliorer les séquences suivantes.

YP : Combien de temps cela te prenait pour réaliser une séquence ?
SF : Les plans avec les nuages qui passent au-dessus des paysages demandaient habituellement 20 minutes de temps. La plupart des plans du ciel de nuit ont demandé de 2 à 4 heures de prise de vue. Tout dépendait à chaque fois des conditions : de l’intervalle entre chaque prise et la durée finale souhaitée pour le plan. En général j’ai essayé d’obtenir 10 secondes de vidéo, ce qui à 24 images par seconde, demande 240 photos.

YP : Depuis quand pratiques-tu l’infrarouge ?
SF : Je shoote de l’IR depuis environ 4 ans. Je suis photographe commercial mais mon travail IR, c’est plus un loisir !

YP : Quel est ta méthode pour mélanger les couches en vidéo ?
SF : Il y a un moyen de mélanger les couches dans Adobe After Effects. J’ai trouvé que la plupart des choses que l’on peut faire dans Photoshop sont réalisables en vidéo dans After Effects.

YP : Est-ce que tu prévois de faire d’autres vidéo infrarouges ?
SF : Je n’ai pas de projets fixés pour l’instant. Il y a d’autres lieux que j’adorerai shooter, mais je n’ai pas vraiment le temps ou le budget pour le moment.

YP : Utilises-tu une télécommande ou un intervallomètre ?
SF : J’utilise la fonction intervallomètre de mon boîtier Pocket Wizard MultiMax pour déclencher l’appareil photo en fonction d’un intervalle préétabli.

YP : Comment as-tu lissé toutes les variations de lumière entre chaque prise, en post-production ?
SF : Pour les transitions jour/nuit et nuit/jour, les paramètres d’exposition changeaient constamment, j’ai utilisé une tablette Android avec une app appelée DSLR Dashboard qui communiquait avec l’appareil via WiFi. De la tablette je pouvais vérifier les images qui arrivaient de l’appareil photo et ajuster les réglages pour m’adapter aux changements de luminosité. Bien évidemment les sautes d’1/3 de diaph sont très visibles dans la vidéo, mais il y a un logiciel nommé LRTimelapse que j’ai ensuite utilisé pour lisser l’ensemble.

YP : As-tu modifié la cadence d’images de sortie en fonction de tes sujets (les éoliennes par exemple) ?
SF : Avec l’expérience on acquiert un certain feeling de l’intervalle nécessaire entre chaque prise de vue. Le plus d’images il y a, plus fluide sera la vidéo. Mon but est toujours d’avoir le bon rendu à une cadence de 24 images par seconde sans avoir à modifier la cadence d’export. Les séquences avec les éoliennes sont été shootées avec 1 seconde d’intervalle entre chaque vue. Les plans avec des nuages ont eux un intervalle compris entre 3 et 8 secondes tout dépendant de leur vitesse de déplacement dans le ciel. Les séquences avec les étoiles ont été réalisées avec des intervalles de 35 secondes.

YP : Y’a-t-il eu des projections publiques ou une exposition de ton travail, de ton film ?
SF : Le film a été présenté à plusieurs festivals, donc il a été projeté dans quelques cinémas dans ce contexte.

YP : Ton appareil est-il converti full-spectrum ou à une longueur d’onde fixe ? Quel filtre utilises-tu ?
SF : Le Canon a été converti à 590nm et le Nikon à 665nm. Parfois j’ai filtré la lumière visible avec un filtre 720 ou 850nm, j’ai également utilisé un filtre ND 6 ou 9 stops pour m’aider à ralentir mes vitesses de prise de vue.

YP : Qu’as-tu utilisé pour créer les subtils mouvements de caméra que l’on peut voir dans le film ?
SF : J’utilise un slider Dynamic Perception qui est programmé pour déclencher et déplacer l’appareil photo pendant la prise de vue de la séquence.

YP : Travailler avec un appareil Canon et Nikon à 2 différentes longueurs d’ondes et par 2 entreprises de défiltrage différentes peut rendre le matériel difficile à comparer, mais quel est ton préféré si tu en as un ?
SF : J’utilise principalement le Nikon car il est meilleur dans des situations où je dois monter en ISO. De jour, les deux appareils fonctionnent bien et les différences sont subtiles dans leurs façons de rendre les couleurs. Le rendu en fausses couleurs du Nikon est plus saturé même avec des filtres plus bloquants. Si je cherche un look « arbres blancs», c’est plus facile avec le Canon. Pour les plans nocturnes j’ai uniquement utilisé le Nikon. Je sais que les dernières versions du 5D ont de meilleures performances en basse lumière, mais le MK II n’est pas terrible dans ce domaine. J’aime les options que les deux appareils me proposent, mais si je devais n’en choisir qu’un ce serait le Nikon.

YP : Pour les plans embarqués en véhicule, as-tu sécurisé l’appareil à l’extérieur de l’habitacle ou étais-tu passager shootant à travers le pare-brise ?
SF : J’ai fabriqué une monture pour l’avant de ma voiture ainsi l’appareil était centré –un peu comme un ornement de capot ! – J’ai utilisé des rallonges de câbles qui allaient jusqu’à l’intérieur de la voiture pour pouvoir piloter le boîtier à partir du siège conducteur.

YP : Qu’est ce qui te fait choisir de laisser le plan tel quel ou d’inverser les couches ?
SF : Pour de nombreux plans, j’ai importé les séquences dans After Effects et ai joué avec le mélangeur de couches, la teinte/saturation, etc. J’ai ensuite pioché parmi les différents looks obtenus et ai souvent exporté plusieurs versions en tant que « master ». Certaines séquences sont simplement plus belles avec un réglage ou un autre, mais lors du montage du film, j’utilisais souvent la version qui correspondait le mieux à ce qui se passait avant et/ou après dans la progression.

YP : Mon plan préféré est à 4’11. En as-tu un également ?
SF : C’est toujours difficile de différencier l’expérience vécue pour obtenir un plan du plan en lui-même. Dans le film j’aime particulièrement le plan du lever de soleil sur Portland (environ à 2’20) and la façon dont la ville disparaît dans l’obscurité puis réapparaît quand le soleil ressort de derrière le Mont Hood. C’était peut-être le plus grand changement d’exposition de tous les plans du film ! La séquence a commencé avec des expositions de 4 secondes et a fini au 1/500è de seconde ! J’ai suivi l’évolution sur ma tablette et ai ajusté par incréments de 1/3 d’IL, d’abord en changeant les ISO de 800 à 100 puis en faisant varier la vitesse.

YP : Peut-être as-tu des images de « making of » à nous montrer pour illustrer ton propos ?
SF : Du fait que j’ai travaillé seul, j’en ai assez peu mais voici quelques images faites avec ma tablette. L’une de Crater Lake qui montre le montage du slider Dynamic Perception et l’autre du Lake Billy Chinook, un plan fixe avec le MultiMax déclenchant l’appareil.

YP : Merci beaucoup Sam pour le temps consacré à cette interview !
SF : Il n’y a pas de quoi.

 

Si vous souhaitez en savoir plus sur le processus de réalisation de timelapses en infrarouge, Alexandre Lachausse a réalisé un excellent tutoriel sur la question !